DOSSIER 2000
Mars-avril 2000
n°40

Dominique Wurtz, urbaniste
Prendre le temps de construire la ville

Le constat est le même dans toutes les villes de France : nous avons consommé énormément d'espaces, il faut réfléchir à la reconstitution de la ville sur elle-même. Le postulat des élus caennais a fait jour il y a deux ans lors de la révision du POS (Plan d'Occupation des Sols). Sans jeu de mots, c'était véritablement l'occasion de faire une pause afin d'établir un nouveau projet urbain.

Dominique WurtzNotre rôle consiste à "dégager" les endroits où l'on considère qu'il faut engager une vraie réflexion en profondeur. D'entrée, Dominique Würtz bannit le "je" pour expliquer que l'appréhension de la ville n'a pas été l'affaire d'un homme mais d'une équipe pluridisciplinaire. Par essence et par bonheur, une ville, reflet de la diversité de ses habitants, est complexe. Ainsi aux cotés de l'urbaniste se sont mis à la tache juriste, économiste et sociologue. Et surtout, ajoute-t-il "des habitants que nous avons rencontré".
Premier constat, plutôt flatteur : Caen est une ville très bien équipée. "Quand on regarde la carte comparative, la ville est au top national tant au niveau des équipements culturels que sportifs. Dans un périmètre restreint, tous les services sont accessibles rapidement". Prenons un peu de hauteur pour découvrir une autre spécificité purement caennaise : la moitié des surfaces est occupée par des pavillons, parfois en plein centre ville. "Ce style d'habitat est très consommateur d'espaces mais les gens y sont très attachés". Enfin la ville souffre d'un "débit de fuite". Rassurons-nous, ce terme barbare n'a rien de répréhensif, il signifie que malgré la construction de 8 000 nouveaux logements, la population de Caen est restée constante. Explication : destinés à accueillir des familles d'au moins trois à quatre personnes, ces logements sont habités par des personnes du quatrième âge, souvent seules, qui reviennent à la ville pour profiter de tous ses services. "Ce phénomène est plus important ici que dans les autres villes de France" souligne Dominique Würtz.
L'équipe de Dominique Würtz a dégagé douze secteurs pour lesquels il faudra engager une réflexion d'aménagement sur le long terme. Au premier rang, la "Presqu'île-gare" qui pourrait accueillir une médiathèque et une salle de musique "amplifiée". La fonction de la gare elle-même sera modifiée avec la mise en service du tramway. A quelques encablures, le quai Vendeuvre qui "doit revivre" serait équipé d'une halle couverte pour accueillir le marché. Un autre secteur, jugé "très complexe" concerne la restructuration de l'hôpital psychiatrique du Bon Sauveur. "Il se vide aujourd'hui de sa substance hospitalière et militaire. Situé en plein coeur de ville, il faut réfléchir à son devenir pour ne pas le laisser partir en morceaux ". De l'autre côté du périphérique, la zone "Montcoco" justifie une même attention. "Les Caennais ne l'ont pas vu vieillir : derrière l'entreprise phare Philips, il reste une zone en déliquescence qui mérite bien mieux". Dominique Würtz suggère de désenclaver cette zone enserrée en ouvrant une voie vers la ville qui traverse le périphérique. D'autres quartiers sont sous la loupe de l'urbaniste : la Guérinière, la Grâce-de-Dieu, la Pierre-Heuzé mais également des îlots de la reconstruction situés en coeur de ville. "Tous ces bâtiments auront 50 ans le même jour. Certains se dégradent et n'attirent plus la population". Encore faut-il y ajouter des problèmes de stationnement qui nuisent à l'activité commerciale. "Le plus délicat, c'est que l'on ne dispose pas de surfaces commerciales disponibles de 2 à 3000 m² qui serviraient à créer un équilibre avec le commerce périphérique. Ces îlots constitueraient une opportunité d'aménagement commercial à saisir."
Les questions sont posées. Déjà, trois équipes travaillent de front sur la redéfinition des sites "Presqu'île-gare" et "Montcoco". Elles rendront leurs premières copies au début de l'été.

retour